Lutte contre le dérèglement climatique Dérèglements climatiques - "Rendez-vous du Quai d’Orsay" Paris, le 14 mai 2014

Lutte contre le dérèglement climatique
Dérèglements climatiques - "Rendez-vous du Quai d’Orsay"
Paris, le 14 mai 2014

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Retrouvez l’intervention prononcée par Laurent Fabius à l’occasion du premier "Rendez-vous du Quai d’Orsay" consacré à Paris Climat 2015, le 14 mai 2014 à Paris.

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/environnement-et-developpement/lutter-contre-le-dereglement/

"Mesdames et Messieurs,
Je suis ravi de vous accueillir dans cette maison pour la première session de ce que j’ai appelé les « Rendez-vous du Quai d’Orsay ».
Quelle est l’idée ? Les diplomates sont souvent entourés de mystères. D’ailleurs, pendant longtemps, ils ont cherché à garder cette protection. Leurs missions sont assez mal connues des Français. Or c’est une évidence, la diplomatie travaille au service des Français et de la France. Elle porte à travers le monde nos valeurs et nos attentes. L’idée toute simple que j’ai eue, c’est d’ouvrir cette maison à un public large pour faire partager, une fois par mois environ, un très grand sujet dont traitent les diplomates de notre pays.

Nous avons choisi comme premier sujet, le climat. Je remercie beaucoup les personnalités qui ont accepté d’être là.

Mon intervention durera quelques minutes. Ensuite, sous la modération de M. Justin Vaisse vont intervenir tour à tour, M. Jean Jouzel, M. Pierre-André de Chalendar, M. Tosi Mpanu Mpanu, M. Hulot qui sont des personnalités très connues, très compétentes dans le domaine du climat.
Mon propos sera court. Lorsque l’on m’interroge pour savoir quels sont les objectifs de la diplomatie française, je dis qu’il y en a quatre. Je les résume par quatre mots : paix et sécurité ; planète ; Europe ; rayonnement.

Le premier objectif de la diplomatie française, c’est la paix et la sécurité ; ce qui ne signifie pas le pacifisme. Malheureusement, souvent, pour assurer la paix et la sécurité ou pour la rechercher, on a besoin de la force. C’est le sens de notre présence et de notre intervention dans toute une série de crises.

Le deuxième, c’est la planète, entendue au sens de l’organisation de la planète, organisation des Nations unies, et la planète au sens de la préservation de la planète, le climat.

Le troisième, c’est l’Europe : comment la relancer et lui redonner du corps ?

Le quatrième objectif de la diplomatie française, c’est le rayonnement. Les diplomates s’occupent de tout cela.

De chacun de ces objectifs, on a à l’esprit le premier bien sûr, la sécurité. On a à l’esprit le troisième, l’Europe, le quatrième aussi et encore plus maintenant où cette maison accueille dans son périmètre le commerce extérieur et le tourisme.

Tout ce qui concerne l’économie, la culture, l’éducation, tout cela n’est pas séparable, mais je voudrais que ce soir, nous touchions du doigt le fait que nos diplomates s’occupent et vont s’occuper de plus en plus dans les deux années qui viennent de la question climatique. Pourquoi ? Parce que nous avons cinq cent jours, pas un de plus, pour éviter une catastrophe climatique. Souvent, on parle de changement climatique ou de réchauffement climatique. J’attache beaucoup d’importance aux mots et, en ce qui concerne le français, je pense que ces mots ne sont pas très pertinents parce que, sans faire allusion à tel ou tel programme politique, le changement est plutôt vu comme positif. Sauf que dans le cas du climat il ne l’est pas du tout. Une partie des Français se disent : pourquoi pas, dès lors qu’ils pourraient estimer que Lille par exemple va se retrouver sur la côte d’Azur. Ce n’est absolument pas cela. Nous devons faire face à des dérèglements climatiques, un chaos climatique. Les scientifiques dont plusieurs sont ici présents nous l’ont dit : « il faudrait être aveugle pour ne pas les voir ».

Nous poursuivons comme objectif de limiter l’augmentation de la température globale à 2°c. Mais le dernier rapport du GIEC nous parle de 4 ou 5°c avec des conséquences cataclysmiques. Nous avons cinq cents jours pour essayer d’inverser la donne puisque c’est en décembre 2015 que la diplomatie française, en l’occurrence votre serviteur, aura l’immense honneur de présider la conférence Paris climat 2015. Il ne faut d’ailleurs pas confondre le rôle de la France comme présidente de la conférence et le rôle de la France comme pays qui doit contribuer pour que les choses aillent dans le bon sens au niveau européen.

Cinq cents jours, c’est extrêmement court. Nous avons commencé à travailler, beaucoup d’autres avec nous. Je vous donne juste un échéancier de principales dates.

Toute une série de réunions, aussi bien au plan européen qu’au plan international, vont avoir lieu dans les semaines qui viennent. Il y a notamment une très importante réunion en juillet. Il y a aussi une date qu’il faut avoir à l’esprit, qui sera je l’espère très importante, c’est la date du 23 septembre. Le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, a décidé d’organiser une session spéciale aux Nations unies où de très grands leaders mondiaux engageront leur pays en présentant leurs projets pour les années qui viennent.
Ensuite, à la fin de l’année, il y aura la COP20 qui se tiendra au Pérou et qui sera précédée d’une pré-cop qui doit se tenir au Venezuela. Ce sera très important parce que l’accord vers lequel nous tendons, ce sont des engagements, ce sont des textes, des discussions qui doivent être préparés longtemps à l’avance.

L’une des raisons pour lesquelles Copenhague n’a pas donné les résultats que nous escomptions, c’est parce que nous nous y sommes pris au dernier moment et cela, quelle que soit la qualité des hommes et des femmes en cause et même si ce sont les plus grands responsables politiques, on n’y arrive pas. Il faut préparer tout cela très longtemps à l’avance. Nous souhaitons donc qu’à travers le travail que fera le Secrétaire général des Nations unies, à travers le travail que feront nos collègues péruviens, épaulés par les Polonais qui actuellement sont dans la suite de la conférence de Varsovie, nous pourrons mettre les choses en place.

Ensuite, au début de l’année 2015, il a été prévu que les pays devront donner des engagements pour le futur puisque la COP21 porte sur ce qu’il faut faire après Kyoto en 2020. Il faut espérer qu’auparavant, l’Europe sera parvenue à prendre des engagements parce qu’elle doit montrer l’exemple. Le rapport de la commission est bien fait mais, jusqu’à présent, il n’y a pas eu de décision. Il faut que l’Europe prennent des décisions pour pouvoir dire aux autres qu’elle a pris sa part et que les autres pays doivent essayer de prendre la leur. Parallèlement, tout un travail devra être fait, en particulier sur les questions de financement, car les pays qui sont en difficulté, pauvres ou moins pauvres vont forcément poser la question de savoir qui va payer.

À l’issue de ces réunions, il y aura, espérons-le, le succès de la fin de l’année 2015. Ce sera une énorme affaire, à la fois par l’importance de ce qui se passera et parce qu’à Paris, plus exactement au Bourget, seront réunis 25.000 personnes. Une décision par consensus devra aboutir à ce moment-là. Nos spécialistes nous expliqueront aujourd’hui ce qu’est un accord juridiquement contraignant, ce que peut être un agenda positif, quelque chose qui permette non pas de tout résoudre mais d’inverser la ligne de pente de 4 ou 5 degrés, c’est-à-dire le cataclysme. Grâce aux décisions que nous avons prises et qui seront amplifiées par la suite, nous parviendrons à contenir et à redescendre vers les 2 degrés et vers une existence qui soit vivable. Ce n’est pas une petite affaire parce qu’à la différence de bien des domaines, l’enjeu ici est la vie elle-même. Les diplomates, dans tous les pays du monde vont avoir à discuter et à élaborer.
Pour ce qui concerne la France, nous avons la chance d’avoir un réseau diplomatique qui est le troisième du monde par son importance et tous nos diplomates seront sur le pont.

C’est la mission numéro un que je leur aie assignée pour cette année et l’année qui vient. À chaque contact, ils devront interroger sur la situation, l’avancement de ce que l’on peut faire pour essayer de cheminer vers cet accord pour qu’il soit aussi universel que possible.
C’est une tâche magnifique mais très compliquée parce que les intérêts et les positions des uns et des autres ne sont pas les mêmes : il y a des pays qui vont de l’avant, des pays qui sont plus réticents et puis ceux qui se mettent carrément en travers. Il y a aussi des situations objectives différentes. Lorsque vous prenez les îles qui sont sur le point d’être recouvertes, elles ne sont pas dans la même situation que tel autre pays qui croit pouvoir polluer en liberté sans voir qu’il met en cause les autres et lui-même également.
Un dernier mot, nous travaillons beaucoup là-dessus, plusieurs de ceux qui travaillent à mes côtés sur ces sujets sont là et je les en remercie. Nous nous réunissons régulièrement parce que nous croyons au travail d’équipe. Il y a un esprit qu’il faut trouver et, bien sûr, cela demandera des efforts voire même des contraintes mais nous sommes tous convaincus que si nous voulons parvenir à un résultat, il faut positiver les choses. La situation est très difficile et déjà très dégradée. Il faut donc expliquer que cette contrainte est en même temps une chance extraordinaire de croissance verte, parce que ce que nous allons être obligés d’oeuvrer en faveur de nouvelles technologies, d’économies d’énergie, de nouveaux systèmes de production. Il s’agit de la croissance et donc l’emploi de demain.
C’est là où il est très important que tous ceux qui sont représentés ici, avec leurs équivalents dans le monde entier, se mettent à la tâche. Ce n’est pas simplement l’affaire des gouvernants, c’est aussi celles des entreprises. Déjà des grandes entreprises, parfois de très grandes font en sorte qu’il y ait des engagements qui permettent d’atteindre cet objectif.

J’étais hier à Washington. Contrairement à ce que l’on peut dire le climato-scepticisme n’a pas reculé partout aux États-Unis. Mais en France au moins, on sait que cette dégradation existe, on sait que c’est l’activité humaine qui en est la cause ; Il faut donc que les entreprises soient à nos côtés et elles le sont. Il faut que les dirigeants politiques le soient, il faut que les collectivités locales, les régions, les départements, les communes soient également présentes. Il faut que les ONG s’impliquent et elles le font. Il faut que les savants montrent l’exemple.

Aux États-Unis, le président Obama a eu une bonne idée. Pour sensibiliser les gens, il a demandé aux présentateurs de météo, qui sont des figures connues, de faire passer un message dans leurs émissions pour expliquer à la population que c’est une question de vie et que c’est possible, que c’est à notre portée. Il faut donc que tout le monde soit attelé à la tâche. Les diplomates français feront le maximum en ce sens.

Voilà ce que je voulais vous dire, je vous souhaite un excellent débat, je remercie à nouveau mes collègues et amis d’être là et je vous laisse cette maison, prenez-en bien soin."

Intervention de Laurent Fabius du 14 mai 2014

Dernière modification : 19/05/2014

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